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Les bâtisseurs

Ombrières solaires : Clément Houllier (AUUM, SUUN) veut réinventer l'infrastructure, pas le panneau

Écrit par
Richad
Publié le
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Clément Houllier AUUM SUUN Les Bâtisseurs le Podcast

Fondateur d'AUUM, la machine qui a fait reculer le gobelet jetable dans les entreprises, Clément Houllier s'attaque aujourd'hui au solaire avec SUUN. Au micro du podcast Les Bâtisseurs, il explique ce qu'il a appris en changeant un usage, et pourquoi le vrai gisement d'innovation photovoltaïque se trouve dans le béton et l'acier, pas dans les cellules.

D'un grand groupe à une start-up industrielle

Ingénieur de formation, Clément Houllier commence sa carrière chez L'Oréal, côté business et marketing. À 30 ans, il fait un choix que beaucoup de cadres repoussent indéfiniment : « Si je ne pars pas maintenant, je ne partirai pas de cette boîte. » Il rejoint une ETI industrielle de 50 ans comme directeur de l'innovation, avec beaucoup d'ambition et peu de budget.

Sa réponse : un start-up studio. L'ETI prend au maximum 25 % du capital de chaque projet, qui reste indépendant et peut lever auprès d'investisseurs. AUUM, pour « Arrêtons l'Usage Unique Maintenant », est le premier projet. Clément finit par quitter l'ETI pour le porter lui-même, convaincu qu'un projet a besoin de quelqu'un qui en porte le risque : « C'est ton projet, tu portes la réussite, tu portes les échecs, et tu n'es pas dans un confort. »

AUUM : trois ans de R&D pour nettoyer un verre en 20 secondes

Le pari d'AUUM tient en une phrase : rendre le réemploi aussi simple que le jetable. La machine, à peine plus grande qu'une cafetière, nettoie et désinfecte un verre en une vingtaine de secondes grâce à une vapeur sèche surchauffée à 140 °C, propulsée par une quarantaine de buses, sans produit chimique et avec très peu d'eau.

Derrière la simplicité du geste, trois ans de R&D. Pour aller vite avec peu d'énergie, l'équipe a dû jouer sur les quatre paramètres du nettoyage décrits par le cercle de Sinner (temps, température, chimie, action mécanique) et surtout standardiser le contenant : un verre totalement arrondi, sans zone de rétention. « Si demain on veut changer le monde du réemploi, il faut passer par une standardisation des contenants. »

Quand le contexte rattrape la vision

AUUM arrive sur le marché en septembre 2021, portée par deux vents favorables : la loi AGEC, qui organise la sortie du plastique à usage unique, et le Covid, qui rend les entreprises méfiantes envers les lave-vaisselle partagés. La désinfection à 140 °C devient un argument décisif. Résultat aujourd'hui : plus de 1 500 machines en parc, 150 000 utilisateurs chaque jour, plus de 15 M€ de chiffre d'affaires cumulé, une série B et un déploiement en Europe. Les machines ont même trouvé leur place sur les chantiers, où l'absence de raccordement lourd et la faible consommation d'eau font la différence.

« La dernière roue du carrosse »

C'est le passage le plus lucide de l'échange. Malgré la traction, Clément a vu des entreprises renoncer à la machine, même à coût égal : « Quand t'as des boîtes qui gèlent leur budget, qui te disent on va couper une cinquantaine d'emplois, on ne peut pas mettre ta machine, même si elle coûte pas plus cher que des gobelets […] tu te rends compte que t'es un peu la dernière roue du carrosse. »

La leçon vaut pour tous les éditeurs et industriels : un produit perçu comme un plus, lié au confort ou à l'image, sera toujours le premier sacrifié. Un produit qui modifie une ligne du compte de résultat, lui, se défend tout seul.

SUUN : le panneau ne pèse que 20 % du projet

Début 2026, Clément quitte AUUM pour lancer SUUN, sur un sujet qu'il juge plus central : l'énergie. Son constat de départ est un chiffre : « Sur un projet solaire, le coût du panneau ne représente que 20 % du CapEx. La grande partie des coûts, c'est ton infrastructure. » Inutile, donc, de concurrencer les fabricants chinois de panneaux. Tout se joue sur la structure.

Or cette structure n'a quasiment pas évolué. Les ombrières sont héritées du modèle des charpentiers métalliques : un poteau tous les 6 à 7 mètres, des micropieux en béton, un déploiement long et coûteux. Sur les parkings poids lourds, ces poteaux font perdre environ 15 % de l'espace, alors qu'une place se loue de l'ordre de 900 € par mois.

Des piliers en BFUP espacés de 30 à 40 mètres

SUUN pense l'ombrière comme un ouvrage d'art. Deux piliers en béton fibré ultra-hautes performances (BFUP), espacés de 30 à 40 mètres, des câbles tendus entre eux, et les panneaux posés dessus. Moins d'ancrages au sol, moins de contraintes de déploiement, un investissement compétitif face à la charpente métallique, et une esthétique qui permet d'envisager des canopées urbaines plutôt que des structures industrielles.

Les fondations intègrent aussi un stockage d'énergie, parce que « qui dit solaire dit stockage ». Une quinzaine de projets sont déjà validés chez des industriels en autoconsommation, avec un modèle simple : remplacer la facture d'électricité par un loyer pendant 6 à 7 ans, puis produire son énergie pendant les 13 à 14 années suivantes. La loi APER, qui impose la solarisation des grands parkings, ouvre un marché considérable.

La marque, angle mort des start-up d'ingénieurs

Dernier enseignement, rarement entendu dans l'industrie : la marque compte. « On a planté des boîtes alors qu'on peut avoir des produits géniaux, des technologies incroyables. » Pour embarquer des clients sur un nouveau geste ou une nouvelle infrastructure, il faut une histoire, de la réassurance et une notoriété. Les investisseurs en parlent peu, les ingénieurs encore moins.

Écouter l'épisode complet

L'épisode complet, enregistré chez NGE lors du lancement de l'espace innovation construction avec Contech France, est disponible dans le podcast Les Bâtisseurs : #50 Clément Houllier - AUUM & SUUN.

Pour aller plus loin : SUUN · AUUM · Clément Houllier sur LinkedIn