
On annonce des plans, des milliards, des « projets cathédrales ». Et l'industrie française continue de reculer. Pour Laurent Moisson, cofondateur des Forces Françaises de l'Industrie (FFI), l'explication est simple : on veut réindustrialiser sans toucher aux causes de la désindustrialisation. Au micro du podcast Les Bâtisseurs, il déroule une heure et demie d'analyse sans langue de bois sur la souveraineté industrielle, la confiance et ce qu'il appelle les « contes et légendes de la réindustrialisation ».
De la tech à l'industrie : un parcours de « troubadour »
Rien ne prédestinait Laurent Moisson à devenir l'une des voix de l'industrie française. Études d'histoire, première start-up dans la musique en 2000 (« MySpace, mais cinq ans avant »), emportée par l'après-11 septembre. Puis vingt ans dans le conseil et la tech : il redresse un cabinet, le fait passer d'environ 2,4 à près de 17 millions d'euros de chiffre d'affaires, traverse la crise de 2008 et ses vagues d'intercontrats, avant de diriger un périmètre de 40 à 50 millions d'euros chez Business & Decision, racheté ensuite par Orange.
Lui-même refuse le titre d'expert : « Moi, je suis un troubadour dans l'industrie. Je chante l'industrie. » Mais un troubadour qui a dirigé des entreprises, levé des fonds et enseigné les techniques d'influence à Sciences Po.
Des FFI nées d'un carton d'invitation « clandestin »
En 2019, avec Gilles Attaf, figure du Made in France et ancien patron de Smuggler, et Emmanuel Delaux, créateur de clubs d'entrepreneurs français à l'étranger, il imagine un club récurrent pour les industriels. Le nom vient d'une intuition de Gilles Attaf : FFI, pour Forces Françaises de l'Industrie. L'invitation est rédigée comme un message de résistance, « assurez-vous de ne pas être suivis ». Elle circule, la presse s'en empare, et la première soirée attend 30 personnes… il en vient 100.
Six ans plus tard, les FFI revendiquent 25 clubs, dont 18 en France et 7 à l'étranger, et bientôt 1 000 membres. Leur mission tient en trois mots : influencer l'opinion, s'entraider entre entrepreneurs, et financer, avec un club de business angels et des sessions de pitch.
Les cinq causes de la désindustrialisation
Le cœur de l'épisode est une démonstration presque mécanique. Pour produire, il faut cinq choses, et la France est « championne du monde de la complexité ou de la taxation » sur chacune :
- Les matières premières : on hésite à extraire ce que contient notre sous-sol, et chaque projet prend des années. Les exploitants de carrières qui renégocient leurs arrêtés préfectoraux le savent.
- L'énergie : lourdement taxée, alors que le parc nucléaire est largement amorti.
- Le capital : les machines coûtent cher, et ceux qui les financent sont régulièrement désignés comme cibles fiscales.
- Le travail : parmi les plus taxés et les plus réglementés de l'OCDE.
- Le foncier : raréfié par la réglementation, avec une insécurité juridique permanente.
Sa conclusion : « La réindustrialisation, ça ne se décrète pas. » Tant que ces causes restent en place, les plans successifs ne font que compenser une sous-performance qu'on a soi-même créée.
Le paradoxe du foncier
Laurent Moisson insiste sur un chiffre : selon lui, environ 9 % du territoire français est artificialisé, ce qui fait de la France l'un des pays les moins bétonnés d'Europe, et la forêt y occupe une place bien plus importante qu'au Moyen Âge. « On avait un foncier abondant et pas très cher. On a réussi à le raréfier. » Pour les acteurs de la construction et des matériaux, qui vivent au quotidien la difficulté d'ouvrir ou d'étendre un site, le constat résonne fortement.
La souveraineté est d'abord une affaire de confiance
Le passage le plus fort de l'échange porte sur la confiance. Laurent Moisson cite des enquêtes selon lesquelles seuls 25 % des Français déclarent faire confiance aux autres, contre près de 60 % en Europe du Nord. Sa thèse : sans confiance, on réclame des normes ; avec des normes, il faut des contrôleurs ; avec des contrôleurs, il faut des impôts. Et l'industrie, qui concentre toutes les contraintes, en paie le prix.
Son modèle idéal n'est pas l'absence d'État, mais « un État stratège » qui intervient sur quelques sujets clés, avec des lois plus simples, et laisse davantage d'espace à l'initiative. « T'enlèves 20 %, 30 % de normes, c'est très bien. »
Souveraineté industrielle, souveraineté numérique : même combat
Une usine qui produit en France mais dont les données, les logiciels et les décisions dépendent d'outils qu'elle ne maîtrise pas n'est souveraine qu'à moitié. C'est une conviction que nous portons chez Synaxe en tant qu'éditeur français. La Suite Dune est conçue avec et pour les exploitants de carrières, de centrales à béton, de centrales d'enrobés et de plateformes de recyclage : gestion des flux, pesée, facturation et conformité réglementaire. Autrement dit, exactement le type d'industries de base que Laurent Moisson décrit comme les premières victimes de la complexité administrative. La même logique vaut dans l'aérien avec Aircharge, notre logiciel d'avitaillement.
Notre approche Synaxe Services : la donnée et l'IA comme leviers de souveraineté
Pour un industriel, reprendre la main sur sa production commence souvent par reprendre la main sur ses données. C'est le sens de l'offre Data & IA de Synaxe Services, construite en trois temps. Acquérir d'abord : connecter les sources, des capteurs IoT aux logiciels métier en passant par le BIM, pour que la donnée remonte du terrain sans ressaisie. Exploiter ensuite : poser l'architecture, la gouvernance et la sécurité, définir qui possède quelle donnée, où elle est stockée et qui y accède. C'est à cette étape que se joue la souveraineté : choisir une architecture que l'on maîtrise plutôt que subir une dépendance. Activer enfin : tableaux de bord de pilotage, analyse prédictive, machine learning et IA générative, pour transformer cette donnée en décisions. Depuis vingt ans, nos équipes accompagnent des acteurs de la construction, du secteur public et de la finance, dans des environnements réglementés où l'on ne peut pas se permettre l'approximation. Notre parti pris est pragmatique, comme celui de Laurent Moisson : partir des usages réels du terrain, livrer des résultats mesurables, et former les équipes pour que la compétence reste dans l'entreprise. Pour en parler, contactez nos équipes.
Écouter l'épisode complet
Retrouvez l'intégralité de cet échange dans le podcast Les Bâtisseurs : #47 Laurent Moisson - FFI Forces Françaises de l'Industrie.
Pour aller plus loin : Forces Françaises de l'Industrie · Laurent Moisson sur LinkedIn