
Dans un secteur de la construction en quête de sens, de performance et de cohérence technique, certaines discussions résonnent plus fort que d’autres. L’épisode des Bâtisseurs consacré à Khephren s’inscrit clairement dans cette catégorie. Autour de la table, deux profils qui se répondent naturellement : Thibaut De Lorgeril, directeur général de Khephren, expert en maîtrise d’œuvre et ingénierie structure, et Joseph Lasserre, président du groupe Doumer, qui endosse ici le rôle d’interviewer. Deux trajectoires différentes, mais une même exigence : celle du travail bien fait, du savoir-faire partagé et d’une vision collective de la construction.
Dès les premières minutes, le ton est posé. Il ne s’agit pas seulement de parler technique ou innovation, mais de comprendre comment les métiers du bâtiment peuvent mieux travailler ensemble, à l’heure où les projets deviennent plus complexes, plus contraints et plus exposés aux enjeux environnementaux.
Khephren, une approche exigeante de la maîtrise d’œuvre et de la structure
L’histoire de Khephren s’inscrit dans une tradition d’ingénierie rigoureuse, où la structure n’est jamais pensée comme un simple lot technique isolé. Thibaut De Lorgeril revient sur la genèse du bureau d’études, sa spécialisation progressive et surtout sa volonté d’intervenir très en amont des projets. La structure devient alors un langage commun, capable de dialoguer avec l’architecture, les contraintes économiques, les usages et les ambitions environnementales.
Cette posture impose une forte culture technique, mais aussi une capacité à comprendre les autres métiers. Khephren revendique une maîtrise d’œuvre de structure qui ne se limite pas au calcul, mais qui participe pleinement aux arbitrages du projet. Une manière de rappeler que la qualité d’un bâtiment se joue souvent bien avant le chantier, dans les premières décisions de conception.
Dans un contexte où les opérations se complexifient, cette approche permet de réduire les incompréhensions, d’anticiper les risques et de créer un socle de confiance entre les acteurs. Un point que Joseph Lasserre souligne à plusieurs reprises, en faisant le lien avec les réalités du terrain et les attentes des entreprises.
Une vision multi-technique au service de la collaboration
L’un des fils conducteurs de l’épisode réside dans cette notion de vision multi-technique. Pour Thibaut De Lorgeril, il n’est plus possible de penser un projet en silos. Structure, architecture, matériaux, méthodes constructives et exploitation future doivent dialoguer en permanence. Cette transversalité n’est pas un slogan, mais une nécessité opérationnelle.
La collaboration devient alors un véritable outil de performance. Elle permet d’éviter les ruptures d’information, les relectures tardives et les ajustements coûteux. Mais elle suppose aussi un changement culturel. Accepter de partager ses contraintes, d’exposer ses hypothèses et de co-construire des solutions demande une certaine maturité collective.
C’est ici que l’échange avec Joseph Lasserre prend toute sa valeur. Son regard d’industriel et de dirigeant met en lumière les bénéfices concrets de cette approche : des projets plus fluides, des équipes plus engagées et une meilleure lisibilité des responsabilités. La technique devient un support de dialogue, et non un facteur de tension.
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Le BIM comme socle d’une information partagée
Impossible d’aborder ces sujets sans parler du BIM. La modélisation des données du bâtiment occupe une place centrale dans la discussion, loin des discours technophiles ou des promesses abstraites. Thibaut De Lorgeril insiste sur un point clé : le BIM n’est pas une fin en soi, mais un moyen de structurer une base d’information commune, fiable et évolutive.
Lorsqu’il est bien utilisé, le BIM devient un langage partagé entre les acteurs du projet. Il permet de visualiser, de tester, de simuler et surtout de comprendre. Mais son efficacité repose sur la qualité des données et sur la volonté collective de l’alimenter correctement. Sans méthode ni gouvernance claire, l’outil perd rapidement de sa valeur.
Joseph Lasserre apporte un éclairage complémentaire, en rappelant que le BIM doit rester au service du chantier et des usages réels. La donnée n’a de sens que si elle circule jusqu’aux bons interlocuteurs, au bon moment. Cette vision pragmatique fait écho aux enjeux actuels de digitalisation dans le BTP, où la question n’est plus “faut-il digitaliser ?” mais “comment le faire intelligemment ?”.
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Structurer l’information pour mieux construire ensemble
Au-delà du BIM, l’épisode explore plus largement la question des outils et des stratégies permettant de structurer l’information dans les projets de construction. La multiplication des intervenants, des normes et des contraintes réglementaires rend cette problématique centrale. Sans socle commun, les risques d’erreur, de doublon ou de perte d’information augmentent considérablement.
Thibaut De Lorgeril évoque la nécessité de mettre en place des référentiels clairs, des processus partagés et des outils adaptés aux réalités des équipes. Il ne s’agit pas d’ajouter de la complexité, mais au contraire de la maîtriser. Une approche qui résonne particulièrement avec les enjeux de traçabilité, de conformité et de pilotage des flux que rencontrent aujourd’hui de nombreux acteurs industriels et de la construction.
Cette structuration de l’information permet également de mieux intégrer les phases ultérieures du projet, notamment l’exploitation et la maintenance. Le bâtiment n’est plus vu comme un objet figé, mais comme un système évolutif, dont la donnée constitue le fil conducteur.
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Matériaux innovants et construction bas carbone
La discussion s’ouvre ensuite sur les matériaux innovants, avec une attention particulière portée au bois et au ciment bas carbone. Ces solutions incarnent à la fois des opportunités techniques et des défis organisationnels. Leur intégration nécessite une adaptation des méthodes de conception, de calcul et de mise en œuvre.
Les échanges font émerger une idée forte : l’innovation matériau ne peut réussir sans une collaboration étroite entre concepteurs, industriels et entreprises. Les contributions de figures comme Pascal Chazal, Julien Blanchard ou Florent Liffran viennent illustrer cette dynamique collective, où chaque acteur apporte une pièce du puzzle.
Le bas carbone n’est pas abordé comme une contrainte subie, mais comme un moteur d’innovation. Il pousse les équipes à repenser leurs habitudes, à questionner leurs choix et à explorer de nouvelles voies. Une transformation qui s’inscrit pleinement dans les enjeux actuels du secteur, entre exigences réglementaires, attentes sociétales et performance économique.
L’engagement humain au cœur des trajectoires professionnelles
Au fil de l’épisode, une autre dimension apparaît, plus personnelle mais tout aussi structurante : l’engagement humain. Thibaut De Lorgeril évoque son implication dans une association pour l’amitié, autour d’un projet de colocation solidaire. Une initiative qui illustre une certaine vision du rôle de l’entreprise et du dirigeant dans la société.
Cet engagement fait écho aux valeurs partagées par les invités : la conviction que la construction ne se limite pas à des bâtiments, mais qu’elle participe à créer du lien, des usages et des espaces de vie. Une manière de rappeler que les choix professionnels sont souvent indissociables des convictions personnelles.
Dans un secteur parfois perçu comme dur ou exclusivement technique, ces témoignages apportent une respiration bienvenue. Ils montrent que l’exigence et la performance peuvent aller de pair avec l’attention portée aux autres et à l’impact social des projets.
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Vers une construction plus collective et plus lisible
Tout au long de l’épisode, un message se dessine en filigrane : la construction de demain sera collective ou ne sera pas. La complexité croissante des projets impose une coopération renforcée, appuyée sur des outils adaptés, une information partagée et une culture commune de l’exigence.
L’échange entre Thibaut De Lorgeril et Joseph Lasserre illustre parfaitement cette dynamique. Chacun, à sa manière, incarne une vision où la technique devient un support de dialogue, où le numérique sert le terrain et où l’innovation s’inscrit dans une trajectoire cohérente et humaine.
🎧 Cet épisode des Bâtisseurs offre ainsi une plongée riche et nuancée dans les transformations à l’œuvre dans la maîtrise d’œuvre, l’ingénierie structure et le secteur de la construction au sens large.
👉 Pour découvrir l’intégralité de cet échange autour de Khephren, du BIM, des matériaux innovants et de l’intelligence collective, l’épisode est à retrouver sur le podcast Les Bâtisseurs : #18- Thibaut de Lorgeril & Joseph Lasserre : Dialogues Croisés sur l'Avenir du Bâtiment | Les Bâtisseurs | Ausha