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Dalibor Nikolovski : De Pékin à la réindustrialisation solaire française avec EcoGreen Energy

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Dalibor Nikolovski Eco Green Energy Les Batisseurs le Podcast

Partir à 24 ans en Chine sans parler un mot de mandarin, sans réseau, sans plan précis — et construire en moins de deux décennies une entreprise industrielle présente dans 75 pays. C'est le parcours de Dalibor Nikolovski, fondateur d'EcoGreen Energy, invité du podcast Les Bâtisseurs pour un échange sans filtre sur l'entrepreneuriat industriel, la souveraineté énergétique et la réindustrialisation française.

Un entrepreneur forgé par le terrain

Dalibor Nikolovski — « Dali » pour ses proches — arrive à Pékin en 2007 pour un stage de fin d'études dans l'agroalimentaire. Ce qui devait être une parenthèse devient un ancrage. Fasciné par la dynamique économique chinoise, il choisit de rester. En 2008, avec son associé Alex Zang, il fonde EcoGreen Energy à Pékin. Le projet est simple en apparence : vendre des panneaux solaires depuis la Chine vers le reste du monde.

La réalité est moins glamour. Les deux associés disposent de quelques centaines de dollars, mangent des nouilles instantanées à trois euros par jour et passent leurs nuits à démarcher des importateurs via les pages jaunes. Leur premier client, un entrepreneur togolais, investit sur eux avant même d'investir sur le produit. C'est une leçon que Dalibor n'a jamais oubliée : dans le commerce international, la confiance précède toujours la transaction.

Du négoce à l'industrie : la qualité comme obsession

Pendant sept ans, EcoGreen opère comme trader, achetant auprès de fabricants chinois pour revendre à un réseau de distributeurs en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Mais un problème récurrent freine la croissance : la qualité des produits ne correspond pas aux standards que Dalibor impose à ses clients. Là où les usines chinoises privilégient le prix bas, lui insiste sur le surdimensionnement et la durabilité.

En 2015, la décision est prise : EcoGreen construira sa propre ligne de production. La première usine, louée à Nantong (province du Jiangsu, à 100 km de Shanghai), emploie une centaine de personnes pour une capacité de 100 à 200 mégawatts par an. Le point différenciant : quatre points d'inspection qualité systématiques — avant production, à chaque étape intermédiaire, et jusqu'à l'emballage final. Un standard que Dalibor qualifie lui-même d'inspiré du système Toyota (5S), et qui lui vaut parfois l'incompréhension de ses équipes locales.

Une deuxième unité de production suit quelques années plus tard : 8 000 m², davantage d'automatisation, un effectif réduit à 80 personnes pour un débit multiplié par cinq (500 mégawatts).

Puis, en 2021, le tournant : EcoGreen construit de zéro une usine de 25 000 m² à Nantong. Cette fois, le terrain est acheté, les machines entièrement renouvelées, la production automatisée. Quarante à cinquante opérateurs suffisent pour atteindre 3 gigawatts de capacité annuelle. Le tout financé sans aucun investisseur extérieur — un modèle bootstrap pur, construit sur la marge et le réinvestissement.

L'effondrement des prix et la résilience du modèle

Le marché du photovoltaïque a connu une transformation radicale de ses fondamentaux économiques. En 2008, le watt se négociait à 1,20 dollar. En 2015, il était passé à 50 centimes. Début 2024, il est tombé à 12 centimes. Cette chute s'explique par la surproduction massive des fabricants chinois après le boom post-Covid de 2022, notamment en Europe. Résultat : EcoGreen double ses volumes d'export mais son chiffre d'affaires reste stable autour de 30 millions de dollars.

Cette pression sur les prix conforte Dalibor dans sa conviction : l'avenir n'est plus dans la vente de produits, mais dans la fourniture de solutions complètes — panneaux, stockage, gestion intelligente de l'énergie (EMS) et accompagnement IoT.

Le stockage industriel : le nouveau relais de croissance

EcoGreen investit désormais massivement dans les batteries de stockage industriel au lithium, de 100 kWh à 5 MWh. L'enjeu est concret : avec la multiplication des installations solaires, le rachat d'électricité par le réseau devient de moins en moins rentable. Les industriels, les exploitants agricoles, les gestionnaires de sites isolés préfèrent stocker leur énergie et l'utiliser à leur convenance.

Le vrai différenciant, selon Dalibor, n'est pas le hardware mais le software : l'EMS (Energy Management System) développé en interne qui optimise les cycles de charge et décharge, réduit les pertes et accélère le retour sur investissement — environ 4,5 ans en France, 2 ans en Amérique latine. Des projets concrets sont déjà en cours : bornes de recharge rapide avec tampon batterie pour soulager le réseau, centrales solaires autonomes pour des usines en Équateur, systèmes de froid solaire au Togo.

Hexasun : le pari de la réindustrialisation française

Le projet le plus ambitieux de Dalibor Nikolovski s'appelle Hexasun. L'objectif : implanter une usine de production de panneaux solaires en France, en s'appuyant sur le savoir-faire industriel accumulé en Chine depuis 18 ans.

Le constat est sans appel : l'Europe a besoin de 30 à 40 gigawatts de panneaux solaires par an. Elle n'en produit que 4. Le reste est importé. Pour Dalibor, cette dépendance, mise en lumière pendant la crise du Covid, est inacceptable pour un bien aussi essentiel que l'énergie.

Hexasun se positionne à la croisée de plusieurs dynamiques favorables : la réglementation européenne NZEA (Net-Zero Europe Act) qui imposera 40 % de produits européens sur les appels d'offres en énergie renouvelable ; les droits de douane américains prohibitifs sur les panneaux chinois (3 000 %) contre 30 % pour les panneaux français ; et une base de clients européens déjà existante.

Dalibor l'affirme clairement : son ambition n'est pas seulement de produire, mais de faire venir en France l'ensemble de l'écosystème — fournisseurs de cellules, de matières premières, de composants — pour créer une filière photovoltaïque souveraine.

La digitalisation industrielle au service de la transition énergétique

Le parcours de Dalibor Nikolovski illustre une conviction que nous partageons chez Synaxe : la transformation des industries traditionnelles passe par la combinaison du savoir-faire terrain et de l'innovation technologique. EcoGreen ne se contente pas de fabriquer des panneaux — l'entreprise développe des solutions IoT, des systèmes de gestion énergétique intelligents et un accompagnement data-driven pour ses clients industriels.

Cette approche rejoint celle que nous déployons au quotidien avec Suite Dune, notre plateforme de gestion dédiée aux industries de la construction, des carrières et du recyclage. Dans un secteur où la transition énergétique devient un impératif opérationnel autant que réglementaire, la capacité à piloter ses flux, ses consommations et ses données de production en temps réel fait la différence entre subir la transformation et en être acteur.

Le projet Hexasun, en ramenant la production photovoltaïque sur le sol français, pourrait d'ailleurs accélérer l'équipement solaire des sites industriels que nous accompagnons — carrières, centrales à béton, plateformes de recyclage — et contribuer à réduire leur empreinte carbone tout en maîtrisant leurs coûts énergétiques.

Écouter l'épisode complet

Retrouvez l'intégralité de cet échange avec Dalibor Nikolovski dans le podcast Les Bâtisseurs, disponible sur toutes les plateformes d'écoute.