
Dans le cadre du podcast Les Bâtisseurs, nous avons reçu Charles Guilhem, cofondateur et directeur général de Clovis. Son parcours est singulier : des Compagnons du Devoir à la création d’une application dédiée aux équipes de chantier.
Son ambition n’est pas de digitaliser “pour digitaliser”. Elle est de reconnecter la technologie aux réalités du terrain. Car dans le BTP, l’innovation ne peut fonctionner que si elle simplifie concrètement le quotidien des équipes.
Du compagnonnage à la tech : une légitimité terrain
Le passage par les Compagnons du Devoir n’est pas anodin. Il structure une vision du métier fondée sur la transmission, l’exigence et la maîtrise du geste.
Cette culture du terrain influence profondément la philosophie de Clovis. L’application n’a pas été pensée depuis un bureau, mais à partir des problématiques vécues sur chantier :
– Manque de visibilité sur l’avancement
– Difficulté de communication entre bureau et terrain
– Informations dispersées
– Temps perdu en coordination
Pour les acteurs des carrières, centrales à béton ou plateformes de recyclage, ces problématiques sont familières. Le terrain reste le cœur de l’activité, et toute solution digitale doit s’adapter à ses contraintes.
Une application conçue pour les équipes de chantier
Clovis propose une application mobile pensée pour les chefs d’équipe et compagnons. L’objectif est clair : centraliser les informations clés et fluidifier la communication.
Planning, tâches, suivi d’avancement, photos, remontées d’informations… L’outil devient un point d’entrée unique pour structurer l’organisation quotidienne.
Cette logique fait écho aux besoins des sites industriels : simplifier la circulation de l’information entre les opérateurs, la supervision et l’administration.
La digitalisation ne doit pas complexifier. Elle doit réduire la friction.
Replacer l’humain au centre de la digitalisation
Dans l’épisode des Bâtisseurs, Charles Guilhem insiste sur un point essentiel : la technologie n’est qu’un moyen. Ce qui compte, c’est l’adhésion des équipes.
Dans le BTP comme dans l’industrie extractive, les outils sont souvent perçus comme imposés. Sans accompagnement, sans pédagogie, ils restent sous-utilisés.
La réussite d’un projet digital repose sur trois éléments :
– Simplicité d’usage
– Pertinence opérationnelle
– Accompagnement au changement
Les carrières et plateformes de recyclage confrontées à l’implémentation de nouvelles solutions numériques connaissent ces enjeux. Un outil performant ne suffit pas. Il doit être adopté.
Communication et performance opérationnelle
Un chantier mal coordonné entraîne retards, erreurs et surcoûts. Il en va de même pour un site industriel mal structuré.
La capacité à partager en temps réel des informations fiables devient stratégique. Photos d’anomalies, validation de tâches, suivi des interventions : chaque donnée contribue à la performance globale.
Dans les environnements soumis à des contraintes réglementaires fortes, cette traçabilité est également un atout pour sécuriser la conformité.
La digitalisation du terrain rejoint ainsi les enjeux de pilotage global des flux.
Entre tradition et innovation
Le parcours de Charles Guilhem symbolise une évolution majeure du secteur : la rencontre entre savoir-faire traditionnel et innovation technologique.
Le BTP a longtemps été perçu comme peu digitalisé. Pourtant, la contech transforme progressivement les pratiques. Applications mobiles, suivi en temps réel, analyse de données : les outils évoluent.
Cette transformation concerne également les carrières, centrales à béton et plateformes de recyclage. La digitalisation des flux de camions, des bons de livraison ou des maintenances participe à cette même dynamique.
L’enjeu n’est pas d’effacer le métier, mais de l’augmenter.
Une nouvelle génération d’entrepreneurs du BTP
L’épisode met en lumière une génération d’entrepreneurs issus du terrain, capables de comprendre les réalités opérationnelles et de proposer des solutions adaptées.
Cette approche pragmatique est essentielle dans des secteurs où la marge d’erreur est faible et où la performance dépend d’une coordination fine.
Les innovations les plus pertinentes ne sont pas toujours les plus complexes. Ce sont souvent celles qui résolvent un problème concret, identifié par les équipes elles-mêmes.
Digitaliser sans dénaturer
La question centrale posée par cet échange est simple : comment moderniser le BTP sans le dénaturer ?
La réponse passe par une technologie discrète, intégrée et orientée usage. Une technologie qui respecte les contraintes du terrain et qui s’inscrit dans une logique d’amélioration continue.
Pour les acteurs industriels, la leçon est claire : la transformation digitale doit partir des besoins opérationnels et non de la seule promesse technologique.
Écouter cet épisode des Bâtisseurs avec Charles Guilhem, c’est découvrir comment une expérience artisanale peut nourrir une innovation numérique ambitieuse et pragmatique.