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Les bâtisseurs

Maxime Bleskine : VOLTR ou comment reconditionner les batteries lithium en France pour casser la dépendance à l'Asie

Écrit par
Richad
Publié le
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Maxime Bleskine VOLTR

Quitter les chantiers du Grand Paris et d'Hinkley Point C pour aller fouiller dans des batteries usagées — le choix peut sembler surprenant pour un ingénieur du BTP. C'est pourtant le parcours de Maxime Bleskine, cofondateur et CEO de VOLTR, invité du podcast Les Bâtisseurs pour un échange en profondeur sur l'économie circulaire industrielle, la souveraineté européenne sur les batteries et les défis du scale-up en France.

Du BTP au reconditionnement de batteries : un virage radical

Maxime Bleskine est ingénieur de formation. Son parcours de plus de sept ans dans le BTP l'a conduit sur des chantiers d'envergure exceptionnelle : Hinkley Point C au Royaume-Uni — la plus grande construction de génie civil en Europe à ce jour — puis le prolongement de la ligne XIV du Grand Paris, où il a participé au coulage de plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes de béton. Il passe ensuite par la rénovation tout corps d'État dans une TPE, Les Compagnons des Investisseurs, où il découvre la réalité entrepreneuriale : recrutement, comptabilité, commercial, juridique — tout à la fois.

C'est un dimanche, dans la voiture de son ami d'enfance Alban Regnier, que tout bascule. Alban, entrepreneur serial, lui présente un projet de reconditionnement de batteries lithium. Maxime pose sa démission le mercredi suivant. Avec Alban, Thibaut (le seul du groupe à connaître les batteries) et François, ils fondent VOLTR en décembre 2022.

Le constat : une boucle absurde entre l'Europe et la Chine

Le point de départ de VOLTR est un constat que Maxime expose avec une clarté saisissante : neuf batteries sur dix mises sur le marché européen sont fabriquées en Asie, principalement en Chine. Lorsqu'elles arrivent en fin de vie, elles sont quasi systématiquement recyclées — c'est-à-dire broyées pour produire une poudre noire (la « black mass ») contenant les métaux critiques. Or, l'Europe ne dispose pas de capacités de raffinage suffisantes pour traiter cette poudre. Elle est donc réexpédiée en Chine.

On importe des batteries, on les détruit, on exporte les résidus, on ré-importe des batteries neuves. En boucle.

VOLTR propose une alternative : intercepter les batteries avant le broyage, en extraire les cellules encore fonctionnelles, et les réintégrer dans de nouveaux packs.

Un process industriel en quatre briques technologiques

Le cœur de l'innovation de VOLTR ne réside pas dans un brevet spectaculaire, mais dans la maîtrise combinée de quatre étapes techniques que Maxime détaille dans l'épisode.

La première étape est le démantèlement non destructif des batteries usagées. VOLTR reçoit des batteries de toutes origines — vélos, outillage électroportatif, aspirateurs, clôtures électriques, cigarettes électroniques — et les désassemble pour isoler les cellules cylindriques, qui représentent 90 % du marché en volume. Cette étape utilise notamment une technologie laser d'ablation pour le dessoudage, propriétaire.

La deuxième brique est la qualification : chaque cellule est soumise à des cycles de charge et décharge sur des machines de cyclage, avec des profils spécifiques qui permettent de déterminer sa capacité résiduelle (autonomie) et sa résistance interne (puissance).

La troisième brique, la plus originale, est la prédiction du vieillissement. Les cellules récupérées n'ont pas de « carnet de santé » — on ne sait pas comment elles ont été utilisées en première vie. VOLTR a développé des algorithmes propriétaires qui estiment comment les performances d'une cellule vont évoluer dans le temps, pour un profil d'utilisation donné. C'est cette brique qui permet de garantir les batteries vendues.

La quatrième brique est l'association : un algorithme optimise le matching des cellules pour constituer des packs homogènes, malgré la dispersion inhérente à l'économie circulaire — un défi que les fabricants de batteries neuves n'ont tout simplement pas.

Un modèle économique compétitif face au neuf chinois

L'équation économique de VOLTR repose sur un différentiel de coût radical au niveau de la cellule. Une cellule cylindrique neuve, sortie d'usine, coûte environ 0,90 dollar. Une cellule reconditionnée par VOLTR revient à environ 0,30 dollar — soit trois fois moins. Et VOLTR ne l'achète pas : l'entreprise est rémunérée par les éco-organismes pour collecter les batteries usagées.

Cet avantage au départ compense le surcoût de la main-d'œuvre française par rapport à la fabrication chinoise. Résultat : une batterie de vélo reconditionnée VOLTR (modèle Silverfish) se vend entre 100 et 150 euros, au même prix qu'une batterie neuve importée de Chine.

Avec une douzaine de références de batteries en catalogue — du vélo à l'outillage électroportatif en passant par les groupes électrogènes électriques et des packs sur mesure pour de grands industriels — VOLTR réalise environ un million d'euros de chiffre d'affaires annuel. L'activité de collecte (rémunérée par les éco-organismes Battery Box, Écosystème et Recycler Mon Véhicule) représente 10 % du chiffre d'affaires, la vente de batteries 90 %.

Les défis du passage à l'échelle

VOLTR emploie aujourd'hui 44 personnes à Angers et traite environ 1 000 cellules par jour. L'objectif à court terme est de passer à 10 000 cellules quotidiennes pour atteindre 15 millions d'euros de chiffre d'affaires, en combinant trois leviers : l'automatisation (cyclage, intralogistique, soudure), l'organisation (passage en équipes 2×8 puis 3×8) et la sous-traitance partielle.

L'ambition à horizon 2030 est significative : quatre usines en Europe, plus de 600 salariés et 70 millions d'euros de revenus.

Maxime identifie trois freins majeurs. L'accès au gisement, d'abord : l'économie circulaire dépend de flux de matière qu'on ne commande pas comme chez un fournisseur classique. Le transport transfrontalier de déchets, ensuite : en Europe, les personnes, les marchandises et les capitaux circulent librement, mais pas les déchets — une batterie peut traverser la France sans difficulté, mais franchir 50 kilomètres entre Strasbourg et Cologne relève du parcours administratif. Le financement, enfin : le capital-risque européen finance bien l'amorçage technologique, mais peine à accompagner le scale industriel, qui exige des capex lourds et des horizons de retour plus longs qu'un SaaS.

Le lien avec le BTP : un marché et une philosophie

Maxime ne renie pas ses origines dans le BTP — il les revendique. Le secteur de la construction représente un marché naturel pour VOLTR : l'électrification des chantiers (outils, groupes électrogènes, engins) nécessite du stockage d'énergie, et VOLTR développe des produits dédiés avec des grands comptes industriels du BTP.

Au-delà du marché, Maxime porte une conviction : le BTP souffre d'un manque d'innovation structurel et l'économie circulaire peut être le levier qui force l'industrie à innover — non pas par la technologie de rupture, mais par la contrainte frugale.

Digitalisation et économie circulaire : des enjeux convergents

Le parcours de VOLTR illustre un phénomène que nous observons chez Synaxe dans notre accompagnement des acteurs de la construction et de l'industrie : la transformation des filières traditionnelles passe par la combinaison du savoir-faire opérationnel et de l'intelligence data. VOLTR ne reconditionne pas des batteries « à la main » — l'entreprise s'appuie sur des algorithmes de prédiction, de l'intralogistique automatisée et une traçabilité cellule par cellule.

Cette approche rejoint la logique que nous déployons avec Suite Dune, notre plateforme de gestion pour les industries de la construction, des carrières et du recyclage. La traçabilité des flux, l'optimisation des process et la capacité à piloter une activité industrielle en temps réel sont des enjeux communs aux carriers, aux recycleurs et aux reconditionneurs de batteries.

L'économie circulaire dans le BTP — que ce soit le réemploi de matériaux, la valorisation de déchets de chantier ou le reconditionnement de batteries d'engins — ne peut fonctionner à l'échelle qu'avec des outils de gestion adaptés. C'est exactement ce que nous construisons chez Synaxe pour les acteurs de ces filières.

Écouter l'épisode complet

Retrouvez l'intégralité de cet échange avec Maxime Bleskine dans le podcast Les Bâtisseurs, disponible sur toutes les plateformes d'écoute.

Lien de l'épisode : https://podcast.ausha.co/les-batisseurs/maxime-bleskine-voltr-la-startup-qui-reconditionne-les-batteries-lithium-en-france-et-en-europe

Lien de la vidéo de l'épisode : https://youtu.be/XKRc0jqsRSU