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Les bâtisseurs

ConTech BTP : Jimmy Louchart Finalcad explique pourquoi le papier résiste

Écrit par
Zineb CLAUDEL
Publié le
11
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Réemploi du papier, digitalisation du chantier, IA et productivité BTP : Jimmy Louchart partage les leçons de Finalcad et la vision derrière There pour une ConTech plus simple et vraiment terrain.

La démonstration fondatrice : jeter l’iPad, jeter le papier

Dans les débuts de la ConTech BTP, la promesse était radicale. Digitaliser signifiait éliminer le papier. Chez Finalcad, la démonstration commerciale était devenue presque mythique : jeter un iPad par terre pour prouver qu’il tiendrait sur un chantier, et parfois aller jusqu’à jeter le bloc de papier du client à la poubelle. À Singapour, cette scène choquait, notamment chez des clients japonais très attachés au formalisme.

Derrière le geste, il y avait une conviction sincère : le progrès passait par la disparition du papier. Dix ans plus tard, Jimmy Louchart le reconnaît sans détour : cette vision était une erreur fondamentale. Non pas parce que le digital serait inutile, mais parce que le papier n’est pas un résidu archaïque. Il est au cœur du fonctionnement du chantier.

Pourquoi le papier reste central dans la construction

Dans la construction, chaque chantier est unique. Un contrat unique, un lieu unique, une combinaison d’acteurs unique, un moment donné. Cette singularité structurelle rend toute tentative de standardisation excessive fragile.

Le papier fonctionne parce qu’il accepte l’exception. Il sert à formaliser un accord, à transmettre une information, à produire une preuve. Il circule sans friction entre des entreprises qui n’utilisent pas les mêmes outils, n’ont pas les mêmes accès, ni les mêmes contraintes numériques.

C’est pour cette raison que la plupart des outils ConTech finissent par produire des exports PDF. Chez Finalcad, ces exports étaient omniprésents, avec des demandes constantes de personnalisation de mise en forme. Ce besoin n’est pas un détail esthétique : dans le BTP, la forme fait partie de la valeur opérationnelle et contractuelle du document.

La fausse bonne idée : digitaliser des processus rigides

Une autre leçon clé de l’expérience Finalcad concerne la digitalisation des processus. Dans le logiciel classique, on cherche à structurer, industrialiser, répliquer. Dans la construction, cette logique se heurte rapidement à la réalité du terrain.

Finalcad a progressivement intégré des dizaines de processus métiers. Jimmy estime aujourd’hui qu’il y en avait trop. Chaque client demandait une adaptation, un ajout, une fonctionnalité spécifique. Le produit répondait, s’enrichissait, mais perdait en cohérence.

Ce mécanisme est fréquent dans la ConTech : on sécurise la vente à court terme, mais on crée une dette produit à long terme. À mesure que le logiciel se complexifie, l’adoption devient plus difficile, la maintenance plus coûteuse, et la capacité à passer à l’échelle diminue.

Quand la ConTech perd le contact avec le terrain

L’hypercroissance apporte aussi un autre risque : l’éloignement du terrain. En montant en gamme, en vendant à des niveaux hiérarchiques plus élevés, la ConTech peut perdre le lien avec les usages quotidiens des équipes chantier.

Jimmy et Richard Mita pointent ce moment où la valeur se déplace vers des éléments demandés “par principe” – dashboards, reportings, couches de pilotage – alors que l’efficacité réelle repose sur des gestes simples : capter une information, la localiser précisément, la rendre compréhensible et partageable.

La notion de localisation est centrale. Dans un chantier, savoir où se situe un problème est souvent plus important que sa description détaillée. La pastille sur le plan, qui a fait le succès initial de Finalcad, incarnait déjà cette vérité terrain.

La pression sur les prix et la banalisation du logiciel de chantier

Le marché des logiciels de productivité chantier connaît une forte pression sur les prix. Les équipes comparent, arbitrent, cherchent l’essentiel. Beaucoup acceptent des solutions moins complètes si elles sont plus simples et moins chères.

Cette “commoditisation” du logiciel rend les modèles complexes et coûteux plus fragiles. Les paniers moyens baissent, la concurrence s’intensifie, et les solutions qui n’ont pas une proposition de valeur claire peinent à maintenir leur position.

C’est dans ce contexte que Jimmy Louchart amorce une réflexion de fond : soit on apporte une valeur radicalement différente, soit on repense complètement la manière de diffuser et d’adopter les outils.

There : le choix d’une approche « paper-first »

Avec There, le raisonnement s’inverse. Plutôt que de combattre le papier, l’outil s’appuie sur ce qu’il représente réellement dans la construction : un standard universel de communication.

Word et Excel sont partout sur les chantiers et dans les bureaux. Non pas parce qu’ils sont modernes, mais parce qu’ils sont flexibles, non structurés et capables de s’adapter à des contextes très variés. There s’inscrit dans cette logique : proposer un outil de production documentaire moderne, sans imposer un cadre rigide.

L’objectif n’est pas de révolutionner les usages, mais de fluidifier ce qui existe déjà : créer des documents, intégrer des photos, structurer l’information, la partager, sans les lourdeurs habituelles.

Le compte rendu de chantier comme point d’entrée stratégique

Le compte rendu de chantier est un document central, souvent hebdomadaire, qui conditionne la communication projet. Il est rédigé par un acteur clé, mais lu par une multitude d’intervenants. Et pourtant, une grande partie de ces documents ne sont pas réellement lus.

Cette réalité crée des pertes de temps, des incompréhensions et une dépendance excessive à l’oral. There cherche à répondre à ce problème en rendant le document plus accessible : lecture fluide sur mobile, partage par lien, résumés adaptés au lecteur, visibilité sur la consultation.

L’enjeu n’est pas seulement documentaire. Il est directement lié à la performance collective du chantier.

L’IA comme outil d’assistance, pas comme vitrine

Jimmy Louchart adopte une position pragmatique sur l’IA. Le produit doit être utile sans IA. L’intelligence artificielle intervient comme un accélérateur discret : transcription de notes vocales, structuration automatique, propositions de reformulation.

L’humain reste en contrôle. Les suggestions sont visibles, validables, intégrées directement dans le document sans casser la mise en forme. Cette approche rassure et s’adapte à des utilisateurs aux niveaux de maturité numérique très différents.

L’objectif est simple : supprimer les tâches pénibles, pas imposer un changement radical de manière de travailler.

Redonner du sens à la productivité dans le BTP

Un point fort de l’épisode concerne la notion même de productivité. Pour Jimmy, le temps gagné ne se transforme pas mécaniquement en argent. En revanche, il transforme le quotidien.

Moins de travail administratif le soir, moins de ressaisies inutiles, c’est une amélioration directe de la qualité de vie. Dans un secteur en tension sur les recrutements, cette dimension devient stratégique. Les outils numériques ont un rôle à jouer pour rendre les métiers plus vivables et plus attractifs.

Ce que cette vision implique pour les acteurs industriels

Cette réflexion dépasse le seul sujet du compte rendu de chantier. Elle résonne avec les enjeux des carrières, centrales à béton et plateformes de recyclage, où la performance repose aussi sur la circulation fiable de l’information.

Automatiser les flux, tracer les données, produire des preuves conformes sans alourdir les équipes : c’est exactement la logique portée par la suite Dune de Synaxe. Là encore, l’enjeu n’est pas de multiplier les écrans, mais de fiabiliser les échanges entre le terrain, le bureau et les obligations réglementaires.

Dans tous ces contextes, la question est la même : comment capter l’information là où elle naît, et la rendre immédiatement exploitable, partageable et opposable.

Episode complet ici : https://smartlink.ausha.co/les-batisseurs/44-jimmy-louchart-de-finalcad-a-there-pourquoi-le-pionnier-du-btp-a-arrete-de-construire-des-usines-a-gaz