
Dans cet épisode des Bâtisseurs, Richad Mita reçoit Bruno Albos, directeur commercial Europe chez Exodigo, pour explorer un sujet central : comment cartographier l’invisible pour maîtriser les risques dans la construction. À l’heure où les grands projets accumulent retards et dépassements budgétaires, comprendre ce qui se cache sous la surface d’un chantier devient un enjeu déterminant. Entre réseaux enterrés mal documentés, aléas techniques et responsabilités partagées, le sous-sol est souvent le premier facteur d’incertitude. Et c’est justement cette zone grise qu’Exodigo cherche à éclairer.
Richard rappelle en ouverture combien l’industrie se transforme : nouvelles normes, nouveaux usages, montée des enjeux énergétiques. Dans ce contexte, la donnée n’est plus un accessoire : elle conditionne la fluidité opérationnelle. Chez Synaxe, nous le voyons tous les jours avec Dune, Aircharge ou SX Delivery : un chantier avance à la vitesse de la donnée disponible. Alors, quand cette donnée concerne le sous-sol, là où tout commence, les enjeux se démultiplient.
Comprendre ce qui se joue sous nos pieds
Bruno Albos a passé plusieurs années sur le terrain, au cœur des projets de déploiement de réseaux. Le constat qu’il partage est simple : les réseaux enterrés représentent une source majeure d’incertitude dans la construction. En France, on parle de centaines de millions d’euros en surcoûts annuels liés à des données incomplètes ou erronées. À l’échelle européenne, ce coût se chiffre en dizaines de milliards.
Chaque acteur du secteur connaît ce scénario : une fouille commence, une gaine apparaît là où elle n’était pas censée être, les équipes stoppent tout, la mise en sécurité s’enclenche et l'effet domino commence. Retard sur le planning, renégociation, coûts supplémentaires. Et parfois même, impossibilité de poursuivre sans revoir entièrement la conception.
Bruno partage un exemple frappant : sur un projet comme le Grand Paris, où les retards s’accumulent et où les budgets dépassent les projections initiales de plus de 12 milliards d’euros, une part significative — entre 20 et 25 % selon les estimations — provient directement des réseaux enterrés mal identifiés.
Dans cette complexité, maîtriser ce qui est invisible devient un levier déterminant pour maîtriser les risques dans la construction.
La méthode Exodigo : lire le sol comme un livre ouvert
Ce qui distingue Exodigo n’est pas seulement la technologie utilisée, mais la façon dont elle est orchestrée. Bruno décrit une méthodologie en trois grandes étapes, qui s’imbriquent comme un puzzle.
- Une analyse à distance
L’équipe collecte tout ce qui existe déjà : données DT, bases SIG, documents open data, archives, imagerie satellite, jusqu’à l’analyse automatique d’éléments visibles via Google Street View. Une première cartographie du risque est générée sans aucun déplacement sur site. - Une exploration physique multisource
Exodigo déploie ensuite une combinaison de capteurs géophysiques — géoradar, électromagnétique, magnétique, détection de métaux — intégrés à des chariots, véhicules ou drones. Ces capteurs lisent le sous-sol en profondeur et à différentes fréquences, comme si plusieurs scanners passaient simultanément sous la surface. - Une consolidation par intelligence artificielle
C’est l’étape décisive. Exodigo fusionne l’ensemble de ces couches de données grâce à l’IA pour générer une image unifiée, précise, exploitable. Exactement comme si plusieurs examens médicaux étaient combinés pour générer une seule vue synthétique et indiscutable. - Une restitution adaptée aux usages clients
SIG, CAD, BIM 3D : la donnée s’intègre au workflow de conception, à la maquette numérique ou aux outils internes déjà existants.
Cette approche permet d’identifier des réseaux invisibles, abandonnés, décalés, non documentés. Dans un projet mené avec Vinci Construction, GRDF et la RATP, Exodigo a détecté 50 % de réseaux supplémentaires par rapport aux méthodes traditionnelles. Un écart colossal quand on sait que chaque réseau non identifié peut devenir un risque critique.
L’impact direct : réduire les sondages, réduire les risques, réduire les coûts
L’une des promesses les plus fortes de la méthode Exodigo est la réduction massive des sondages intrusifs, parfois jusqu’à 70 %. Moins de sondages signifie moins de perturbations, moins de coûts, moins de risques de casser quelque chose en cherchant autre chose.
S’ajoute à cela un gain économique spectaculaire : selon les analyses menées, chaque euro investi dans la détection préalable permet d’en économiser dix en France, et jusqu’à vingt aux États-Unis où les réseaux sont moins bien documentés.
C’est une équation simple : un euro investi en prévention vaut plusieurs dizaines en curatif.
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Un enjeu technique… mais surtout humain
Bruno insiste sur un point essentiel : la technologie n’est jamais le frein. Ce qui bloque, c’est souvent l’adoption. Le terrain, parfois sous pression, n’a pas toujours le temps ou les conditions pour intégrer de nouveaux outils. L’industrie avance néanmoins : depuis 2012, la loi sur la cartographie des réseaux sensibles a considérablement amélioré la précision des données et transformé les comportements.
Mais il reste du chemin. Les technologies arrivent plus vite que les usages ne se transforment. Pour que cartographier l’invisible devienne un standard, il faut accompagner, former, expliquer. C’est la conduite du changement qui devient centrale. Exodigo le sait, Synaxe le vit chaque jour sur les sujets de transformation digitale : un outil performant n’a d’impact que s’il est adopté.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous construisons nos solutions Dune et SX Delivery autour de l’usage avant la fonctionnalité. Un outil simple, clair, intégré dans le quotidien, sera utilisé. Et quand une donnée est bien remontée, elle devient actionnable.
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Où va Exodigo demain ?
Exodigo prépare déjà la prochaine évolution : l’analyse géotechnique. Non plus seulement la détection de lignes, mais la compréhension des couches du sol, des cavités, des anomalies, des vestiges archéologiques. Un champ immense qui pourrait transformer encore davantage la maîtrise des risques dans la construction.
À terme, Exodigo souhaite aussi offrir des interfaces avancées de gestion de données et pousser encore plus loin le rôle de l’intelligence artificielle dans la compréhension du sous-sol. Une direction qui rejoindra forcément les enjeux de digitalisation globale des sites, de la conception jusqu’à l’exploitation.
L’humain, le terrain et la responsabilité collective
Ce qui marque dans le témoignage de Bruno, c’est son attachement au terrain. Derrière chaque chantier, il y a des équipes, des opérateurs, des décisions en urgence, des arbitrages difficiles. Cartographier l’invisible, ce n’est pas seulement produire un modèle 3D du sous-sol ; c’est aussi protéger les personnes, éviter les accidents, fluidifier les opérations, maintenir la confiance entre équipes et maîtres d’ouvrage.
L’innovation permet d’aller plus vite, mais c’est l’humain qui permet d’aller juste.
Et c’est peut-être là que se rejoignent Exodigo et Synaxe : mettre la technologie au service de ceux qui construisent, extraient, transportent, manutentionnent, conçoivent. Faciliter leur quotidien, sécuriser leurs opérations et rendre leur métier plus fluide.
🎧 Écouter l’épisode complet
Vous pouvez écouter l’épisode des Bâtisseurs avec Bruno Albos ici :Les Bâtisseurs | #40 Bruno Albos - Exodigo : Cartographier l’invisible pour maîtriser les risques | Ausha